Voyager plus écolo, ça ne veut pas dire arrêter de prendre l’avion du jour au lendemain ou partir uniquement à vélo pendant six mois. Entre le « tout ou rien », il existe une grosse zone grise pleine de petits choix concrets, cumulés, qui font une vraie différence… sans vous empêcher de découvrir le monde.
Dans cet article, je vous propose des réflexes simples à adopter, testés sur mes propres voyages. L’idée : réduire votre impact, étape par étape, sans sacrifier le plaisir, ni exploser votre budget.
Pourquoi chercher à voyager plus écolo (sans se priver)
Le tourisme représente environ 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (transports, hébergements, activités, nourriture). Dit comme ça, ça paraît énorme… mais ça veut aussi dire qu’on a une vraie marge de manœuvre en tant que voyageurs.
Pour autant, culpabiliser ne sert pas à grand-chose si ça ne débouche pas sur des actions concrètes. La question utile à se poser, c’est plutôt :
- Comment puis-je réduire mon impact à chaque étape de mon voyage ?
- À budget et temps disponibles équivalents, quelles options sont les moins polluantes ?
- Qu’est-ce que je peux changer sans avoir l’impression de « me punir » ?
C’est ce dernier point qui est clé : si vos efforts vous frustrent trop, vous ne les tiendrez pas dans le temps. L’objectif, c’est d’ancrer de nouvelles habitudes de manière réaliste.
Choisir mieux ses moyens de transport
C’est souvent là que se joue l’essentiel de l’impact carbone d’un voyage, surtout si vous prenez l’avion. Quelques repères chiffrés (ordres de grandeur) :
- Avion (moyen-courrier) : environ 200 à 300 g CO₂ / km / passager
- Voiture (1 personne à bord) : 150 à 200 g CO₂ / km
- Bus longue distance : 80 à 100 g CO₂ / km
- Train (en Europe, souvent électrique) : 10 à 40 g CO₂ / km
Concrètement, ça veut dire qu’un Paris–Barcelone :
- en avion : ~600 à 700 kg CO₂ par personne
- en train : ~60 à 100 kg CO₂ par personne
Soit environ 7 à 10 fois moins pour le train. La bonne nouvelle, c’est qu’on n’a pas toujours besoin de « renoncer » à une destination pour faire mieux. On peut souvent faire différemment.
Réflexes à adopter :
- Privilégier le train sur les trajets < 6–7 heures : en Europe, beaucoup de liaisons (Paris–Londres, Paris–Amsterdam, Lyon–Milan, etc.) sont faisables facilement en train. Souvent, en comptant le temps d’embarquement et de trajet vers l’aéroport, le gain de temps en avion n’est pas si énorme.
- Tester les trains de nuit : ils reviennent en force (France, Autriche, Allemagne, Scandinavie, etc.). Vous gagnez une nuit d’hébergement et arrivez en centre-ville. Pour un Paris–Vienne de 14 h, j’ai payé 85 € en couchette partagée, soit à peu près le prix d’un vol + une nuit d’hôtel.
- Regrouper les déplacements en avion : au lieu de 3 city-trips en Europe dans l’année (3 vols AR), planifier un seul séjour plus long ou un itinéraire multi-destinations en train + un seul vol aller/retour.
- Choisir les vols directs quand c’est possible : chaque décollage/atterrissage est ce qui consomme le plus. Un vol avec escale émet souvent 20 à 30 % de plus qu’un direct.
- Voyager léger : un bagage en soute en plus sur un vol long-courrier, c’est quelques dizaines de kilos transportés sur des milliers de kilomètres. En pratique, c’est surtout un bon prétexte pour optimiser sa valise.
- À destination, privilégier les bus, métros, vélos et la marche : pour des trajets < 3 km, je me force maintenant à marcher si je n’ai pas de contrainte horaire. Ça fait du bien au corps et au bilan carbone.
Si vous devez prendre l’avion (pour un long-courrier par exemple), l’idée n’est pas de vous flageller, mais de compenser par des choix plus sobres sur tout ce qui est à votre portée.
Adapter la durée et le rythme de ses voyages
Un réflexe simple pour voyager plus écolo sans tout changer : voyager moins souvent, mais plus longtemps.
Pourquoi ? Parce que chaque départ a un « coût fixe » (transport aller/retour, transferts, etc.). En restant plus longtemps :
- vous amortissez l’impact du trajet sur plus de jours
- vous prenez plus le temps d’explorer en profondeur au lieu d’enchaîner les « check-lists »
- vous réduisez le stress (et souvent les coûts) lié au fait de changer tout le temps de lieu
Exemple concret : au lieu de faire deux séjours de 4 jours à Lisbonne puis à Rome dans l’année (2 allers-retours avion), vous pouvez faire un voyage de 10–12 jours combinant les deux en train (Lisbonne–Madrid–Barcelone–Rome). Côté budget, en planifiant à l’avance :
- Vols A/R x 2 : ~150 à 300 € chacun → 300 à 600 €
- Train multi-destinations réservé tôt : 250 à 400 € selon la saison
Au final, vous avez un voyage plus long, un impact moindre, et un coût pas forcément plus élevé.
Réflexes utiles :
- Limiter les « sauts » de 1–2 nuits : viser au moins 3 nuits par endroit.
- Sur un long-courrier (Amérique, Asie), viser 2 à 4 semaines sur place plutôt que 7–10 jours.
- Regrouper les visites par zones géographiques pour limiter les trajets internes.
Dormir plus responsable (sans casser son budget)
L’hébergement pèse moins lourd que le transport, mais sur un séjour de 2 à 3 semaines, ça peut représenter plusieurs dizaines de kilos de CO₂ par nuit, selon le type de logement.
Quelques repères concrets :
- Grand hôtel avec piscine chauffée, clim à fond, buffet gargantuesque : impact élevé.
- Petite guesthouse, auberge, appart’ en location : impact modéré (surtout si vous gérez vous-même votre consommation).
Ce que vous pouvez faire :
- Favoriser les hébergements à taille humaine : guesthouses, gîtes, B&B, auberges. En plus de l’impact souvent plus faible, ça irrigue mieux l’économie locale.
- Regarder les labels : « Clef Verte », « Green Key », « EU Ecolabel », « Green Globe »… Ce n’est pas parfait, mais c’est un bon premier filtre.
- Limiter la climatisation : viser 26 °C plutôt que 20 °C fait une grosse différence sur la consommation électrique. La nuit, un ventilateur + fenêtre ouverte (quand c’est possible) suffit souvent.
- Refuser le changement de serviettes et draps quotidien : exactement comme chez vous, 1 changement par semaine suffit largement en voyage classique.
- Éviter les resorts « tout inclus » ultra-énergivores si une alternative plus simple existe au même endroit. Ce n’est pas toujours moins cher pour autant : une petite pension familiale peut être à 30–50 € la nuit pour 2, avec petit-déj.
Côté budget, sur un voyage de 10 jours :
- Chaîne hôtelière internationale : 90–150 € / nuit → 900–1500 €
- Guesthouse / petit hôtel local : 50–80 € / nuit → 500–800 €
Vous économisez potentiellement plusieurs centaines d’euros… que vous pouvez réinvestir dans des activités locales de qualité ou dans un séjour plus long.
Manger et consommer sur place autrement
Manger local et limiter le plastique, c’est bon pour l’environnement, pour votre budget et pour les rencontres. C’est un des leviers les plus agréables à activer.
Réflexes pour les repas :
- Privilégier les restos fréquentés par des locaux plutôt que les grandes enseignes internationales. En général : cuisine plus locale, portions adaptées, souvent moins cher.
- Miser sur les marchés : pour les snacks, fruits, pique-niques. Un panier pique-nique pour 2 au marché, c’est souvent 5–10 € pour une belle quantité de produits locaux.
- Limiter viande et poisson au restaurant à quelques repas « choisis » plutôt que systématiques. En plus, ça vous pousse à goûter des plats végétariens que vous n’auriez pas forcément testés.
Gérer l’eau et le plastique :
- Voyager avec une gourde (idéalement 0,75 L à 1 L). Sur un séjour de 2 semaines dans un pays chaud, vous économisez facilement 30 à 40 bouteilles en plastique.
- Dans les pays où l’eau du robinet n’est pas potable, opter pour :
- les hôtels/hostels avec fontaines d’eau filtrée
- une gourde filtrante ou une paille filtrante (investissement de 40–80 €, rentable à partir de 2–3 voyages)
- Avoir toujours un petit sac en tissu sur vous pour éviter les sacs plastiques au marché.
Autre réflexe : éviter les gadgets de souvenirs made in China qu’on retrouve partout. Privilégier les produits locaux (épices, textiles, artisanat) ou des choses immatérielles (cours de cuisine, atelier, visite guidée avec un local…). Ça fait moins de bric-à-brac qui finit au fond d’un placard.
Alléger son impact avec ce qu’on met dans son sac
Votre sac ou valise, c’est un bon levier pour voyager plus léger, plus durable, et souvent plus serein.
Quelques choix malins :
- Produits solides : shampoing, savon, parfois dentifrice. Moins de plastique, zéro risque de fuite, format cabine OK. Un shampoing solide tient facilement 1 mois.
- Trousse de toilette rechargeable : petits flacons réutilisables (100 ml) que vous remplissez depuis vos grands formats chez vous.
- Textiles polyvalents :
- 1 paréo ou foulard : serviette de plage, couverture légère, rideau improvisé, châle dans les lieux de culte.
- vêtements qui s’associent facilement entre eux et sèchent vite.
- Sac réutilisable léger (type tote bag) : pour les courses et les journées de visite.
- Une petite trousse de réparation : quelques épingles, fil/aiguille, mini rouleau de scotch ou duck tape. Ça prolonge la vie de vos vêtements et de votre matériel.
En pratique, plus vous voyagez léger, plus vous simplifiez aussi vos déplacements : pas de supplément bagage, moins de fatigue dans les transports, moins de tentation de ramener n’importe quoi « parce qu’il reste de la place ».
Activités et visites : profiter sans abîmer
Côté activités, l’idée n’est pas de tout bannir, mais de choisir ce qui respecte au mieux les lieux et les habitants. Là aussi, quelques réflexes simples aident vraiment.
À privilégier :
- Les activités à faible impact : randonnées, vélo, canoë, visites guidées à pied, musées, ateliers (cuisine, artisanat, danse…).
- Les opérateurs locaux plutôt que les grandes plateformes internationales quand c’est possible. Une visite guidée de 3 h à pied coûte souvent 15–25 € par personne en Europe, moins dans d’autres régions, et votre argent va plus directement aux habitants.
- Les parcs nationaux et espaces protégés où vos droits d’entrée sont (en principe) réinvestis dans la préservation.
À éviter ou à questionner :
- Les attractions avec animaux captifs (spectacles de dauphins, éléphants montés, tigres enchaînés pour selfie…). Même si c’est bien marketé, la réalité derrière est rarement jolie.
- Les tours « express » en 4×4 ou quad dans des zones fragiles si des alternatives existent (randonnée, sortie encadrée en petit groupe, etc.).
- Le hors-piste non encadré en montagne ou dans les dunes, qui abîme durablement les sols.
Un bon test : si une activité vous fait douter, cherchez les avis en tapant son nom + « ethics », « animal welfare », « environnement » ou l’équivalent dans la langue locale. Vous verrez vite si c’est à éviter.
Gérer ses déchets et son eau en voyage
Là, on est dans les réflexes du quotidien, mais en voyage, ils prennent une dimension particulière, surtout dans les pays où la gestion des déchets est limitée.
Réflexes simples :
- Emporter un sac pour vos déchets en rando ou sur la plage, et tout redescendre avec vous.
- Limiter au maximum :
- les lingettes (souvent non biodégradables)
- les petites bouteilles de shampoing/gel douche d’hôtel
- les couverts en plastique (un set pliable en métal ou bambou, et c’est réglé)
- Utiliser votre serviette microfibre ou un petit torchon au lieu de multiplier les serviettes en papier.
Côté eau :
- Éviter les douches ultra longues, surtout dans les régions où l’eau est rare.
- Fermer le robinet quand vous vous brossez les dents ou savonnez vos mains (réflexe bête, mais on l’oublie tous en vacances).
- En trek ou bivouac : utiliser du savon biodégradable et vous laver à bonne distance des cours d’eau.
Ce ne sont pas des gestes « parfaits », mais accumulés sur des centaines de voyageurs, ça évite des tonnes de déchets et des m³ d’eau gaspillés.
Ce que je fais moi-même (retour d’expérience)
Pour finir, quelques choix que j’ai intégrés progressivement dans ma manière de voyager, sans avoir l’impression de me priver :
- Je limite les vols à 1–2 allers-retours long-courriers par an maximum, et je privilégie le train pour l’Europe. Par exemple, j’ai remplacé un Paris–Prague en avion par un Paris–Prague en train de nuit : 14 h porte à porte, mais zéro stress, une nuit « gagnée » et un vrai sentiment d’aventure.
- Je reste plus longtemps sur place : en Asie du Sud-Est, au lieu de faire 10 jours par pays, j’ai passé presque 4 semaines au Vietnam. Résultat : moins de vols internes, plus de trains de nuit et de bus, et une immersion bien plus agréable.
- Je voyage quasiment toujours avec un bagage cabine (8–10 kg). Mon record : 3 semaines en Grèce avec un sac de 40 L. Ça me permet de prendre plus facilement le train ou le bus, de marcher entre la gare et mon logement, et d’éviter les files d’attente aux aéroports.
- Je choisis mes hébergements avec quelques critères simples :
- note > 8/10 sur la propreté
- hébergement à taille humaine
- possibilité d’arriver en transport en commun ou à pied depuis la gare / l’arrêt de bus
- pas de « all inclusive » s’il y a une alternative raisonnable à côté
- Je réserve du temps pour « ne rien faire » : des journées sans trajet, juste pour marcher, lire dans un parc, explorer un quartier à pied. Moins de déplacements, plus de plaisir.
- Je me fixe un budget « activités locales » pour soutenir les initiatives que je trouve vraiment chouettes : visites guidées par des habitants, ateliers, excursions en petit groupe. Je préfère mille fois mettre 40 € dans une sortie kayak guidée par un local que dans un tour en bus qui enchaîne 5 spots photos en 2 heures.
Est-ce que mon impact est nul ? Évidemment non. Mais entre un voyage « comme avant » et un voyage un peu mieux pensé, l’écart est réel. Et surtout, ces habitudes ne m’ont pas enlevé le plaisir de partir, au contraire : elles m’ont obligée à ralentir, à choisir mieux, et à vivre mes destinations autrement.
Si vous deviez ne garder que 3 réflexes pour vos prochains voyages, je vous suggérerais ceux-là :
- Remplacer un vol par un train quand c’est réaliste.
- Voyager plus longtemps et moins souvent.
- Partir avec une gourde, un tote bag et un sac plus léger.
Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est actionnable dès votre prochain départ. Et c’est comme ça qu’on avance, pas à pas, vers des voyages plus responsables… sans renoncer à ce qui nous fait aimer la route.